Visite ad limina des évêques de Belgique: l'enseignement catholique (2)

Publié le par Vini Ganimara

 

Nous évoquions hier le discours de Mgr Léonard relatif à l'enseignement de la foi.

L'initiative annoncée par le primat du royaume est d'autant plus significative quand on sait combien  l'enseignement de la religion catholique jouit en Belgique d'une position enviable : il est assuré non seulement, évidemment, dans les établissements catholiques (qui scolarisent plus d'élèves que les établissements officiels), mais encore dans ces derniers. C'est que la neutralité de l'État belge revêt des formes fort différentes de la laïcité française (même s'il s'agit du même principe). Après deux guerres scolaires (1879-1884 et 1950-1959), les catholiques ont obtenu un des meilleurs régimes possibles dans un État non confessionnel: une véritable neutralité de celui-ci. Non seulement les écoles catholiques se sont vu reconnaître une entière autonomie de leurs programmes, mais les établissements publics permettent aux parents de choisir pour leurs enfants les cours de la religion de leur choix, assurés par les ministres des cultes concernés. Chose inimaginable en France, un prêtre en col romain peut donc aller donner cours (de cathéchisme) dans une école d'État. L'effondrement de l'enseignement de la religion catholique est donc largement la faute des catholiques eux-mêmes. Après le concile Vatican II, on peut même parler de liquéfaction.

La réforme annoncée par Mgr Léonard vise donc à reprendre le contrôle de cette “force de frappe”. Il faut se rendre compte que, si on additionne les établissements catholiques et les cours de religion dispensés dans les établissements publics, on arrive à quelque 75% des élèves scolarisés en Belgique qui suivent d'une façon ou d'une autre un cours de religion catholique. Répétons-le: ce sont les responsables catholiques eux-mêmes qui se sont déculottés. On ne compte plus les livres et programmes “catholiques” qui dédouanent la contraception ou l'homosexualité sous couleur d'éducation à l'égalité des chances. En 2002, le Secrétariat flamand de l'Enseignement catholique a même signé avec le ministère de l'Education une “Déclaration commune sur le traitement égal de l'hétérosexualité et de la sexualité homosexuelle, lesbienne et bisexuelle dans l’enseignement”. Il y a 2 ans, son pendant francophone a avalé sans broncher un décret ministériel qui impose à toutes les écoles, mêmes privées, d'éduquer les enfants à la non-discrimination, à la citoyenneté démocratique et autres idéaux maçonnico-onusiens. On peut parler de trahison des acquis du pacte scolaire, obtenus de haute lutte et consacrés par l'art. 24 de la constitution belge. C'est donc une capitulation catholique en rase campagne. En prétendant enrayer ce processus, Mgr Léonard s'attire évidemment des inimitiés. 

Notons toutefois que l'enrayement en question n'est pas sans limites. Non seulement l'alignement de l'Église sur les idéaux modernes (Gaudium et Spes et, encore plus, Dignitatis Humanae) restreint ses possibilités de réaction, mais Mgr Léonard lui-même s'interdit de dépasser certaines bornes. En mars dernier, il félicitait le président du Centre d'action laïque pour son élection ; en janvier il disait “avoir un côté un peu rationnaliste” et “beaucoup aimer chez [les francs-maçons] et les laïques pointus qu'ils soient amis de la raison” (Voir La Libre Belgique) C'est évidemment se mettre en position difficile pour contester ensuite des cours de religion qui relèvent du naturalisme humanitaire. On peut toutefois analyser les choses autrement: quelles que soient les limites de la position de Mgr Léonard, c'est sa prétention à renverser à vapeur, aussi peu soit-il, qui provoque des réactions furieuses. Ce signal a valeur de symptôme.

Pour terminer, un fait qui ne surprendra pas grand-monde: des professeurs de Louvain se sont trouvés en pointe dans la fronde de ces derniers jours. En particulier, Lieven Boeve (dont le nom signifie opportunément “cher bandit”), doyen de théologie de la Katholieke Universiteit Leuven a contesté le bien-fondé de l'action du primat, qui est aussi grand chancelier de l'université. Puisque nous évoquions récemment les incartades de Louvain-la-Neuve, nous aurons l'occasion de revenir prochainement sur le passif des deux universités postcatholiques de Louvain…

 

 


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