Le cardinal Scola et le dialogue islamo-chrétien

Publié le par Vini Ganimara

 

Le cardinal Angelo Scola, patriarche de Venise, me semble avoir une idée singulièrement irénique de l'islam. Dans un récent entretien avec le vespéral "quotidien de référence" (surtout en matière religieuse!), le cardinal a déclaré: "En Europe, le dialogue avec les musulmans est nécessaire. Il faut les aider à comprendre qu'ils ne sont pas obligés d'abandonner leurs références religieuses pour devenir de bons Italiens, de bons Français, de bons Européens."

Que le dialogue soit utile, voire nécessaire, c'est bien possible. Que ce dialogue n'impose aucune évolution aux musulmans pour s'intégrer en Europe, ce serait un fait unique dans l'histoire de l'humanité!

Il est vrai que le cardinal ajoute un onzième commandement (les dix premiers ayant été oubliés assez généralement, ce sera sans doute le premier de la loi nouvelle...): "Il nous faut accompagner le processus de métissage de civilisations que sont en train de vivre l'ensemble de nos sociétés, pour le faire évoluer dans le sens le plus positif possible."

Tout le monde préférera, j'imagine, un métissage "positif", fût-il "accompagné", à un métissage "négatif", mais j'ignorais que "l'accompagnement" (vers où?) du "métissage de civilisations" (je croyais que le métissage concernait les races et non les civilisations) fût un nouvel impératif catégorique. En tout cas, mon Dieu, quel jargon!

Ajoutons à cela qu'il insulte gratuitement nos frères chrétiens d'Orient, qui n'ont vraiment pas besoin des crachats cardinalices pour les aider à faire face aux persécutions: "Au Moyen-Orient, où les Eglises datent de la naissance du christianisme, on est face à une croyance "mécanique", une foi de convention plus que de conviction."

Le pompon est atteint avec cette déclaration conclusive: "Par ailleurs, les musulmans doivent aussi tirer profit de l'expérience des chrétiens. Le christianisme est passé par le césaropapisme, la théocratie, mais vit aujourd'hui parfaitement son universalisme dans des sociétés laïques. Il y a là un modèle pour l'islam."

J'ignore où et quand le cardinal a vu la théocratie dans l'Eglise, mais je doute fort que le dialogue islamo-chrétien avance beaucoup avec des bases aussi peu solides!

Mais ne finissons pas sur une note désespérée! Voici une utile remarque du cardinal: "Nous pensons souvent qu'il faut pour cela [le sens de ce "pour cela" n'est pas clair: je crois comprendre qu'il renvoie au dialogue avec les musulmans; mais il est possible aussi qu'il renvoie au fait que nous devions aider les musulmans à comprendre qu'ils ne doivent pas abandonner leurs "références religieuses" pour faire de bons Européens] choisir "l'islam modéré", mais la plupart du temps, derrière cette expression il n'y a qu'une vision d'intellectuels isolés qui défendent leur conception personnelle de l'islam. Ce n'est pas la bonne voie."

J'ajouterais aussi, quant à moi, qu'il y a quelque chose de paradoxal à ce que notre bon vieil Etat laïc décide de promouvoir telle lecture du Coran par rapport à telle autre!

 


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