Conclusion : la retraite d’Angelo Sodano (2)

Publié le par Vini Ganimara


L’ancien secrétaire d’Angelo Sodano, Thimoty Broglio, avait été nommé nonce en République dominicaine et délégué apostolique à Porto Rico en 2001. Les Romains, nés malins, faisaient observer qu’il n’y a pas de douane financière entre les Etats-Unis et Porto Rico, État libre associé aux Etats-Unis, et que toutes les grandes affaires et banques américaines ont des antennes à Porto Rico. Dont le Follieri Group de Follieri père et fils, et d’Andrea Sodano, neveu du cardinal. Thimoty Broglio deviendra évêque aux Armées des Etats-Unis en 2007.


Piero Pioppo, qui avait succédé à Broglio dans le rôle-clé de secrétaire du Secrétaire d’État, fut placé par Angelo Sodano comme Prélat (directeur) de l’Institut pour les Œuvres de Religion, autrement dit directeur de la banque du Saint-Siège, nomination qui fut rendue officielle en octobre 2006.

Paradoxalement, la nomination de Pioppo apparaissait comme un assainissement. J’ai en effet évoqué le livre récemment paru et très fiable de Gianluigi Nuzzi, Vaticano S.p.A., La société par actions du Vatican (Chiareleterre, 2009), qui raconte comment Sodano avait fait exercer par Mgr Renato Dardozzi sur la banque sortie de la terrible déconfiture de l’affaire Marcinkus/Sindona/Calvi une étroite surveillance. Elle avait révélé qu’une autre affaire sulfureuse avait suivi la précédente : Mgr Donato De Bonis, nouveau Prélat de la banque vaticane, avait monté une sorte de banque occulte parallèle, avec des comptes au nom de fondations fictives, le tout masquant des opérations illégales de dizaines de milliards de lires.

Malgré l’appui du cardinal José Castillo Lara, Mgr De Bonis fut mis à la porte en mars 1993 (en étant consacré évêque et nommé chapelain de l’Ordre Souverain de Malte, poste qui bénéficie de l’immunité diplomatique…). Et, durant 13 ans, jusqu’à Pioppo, personne ne fut plus nommé à ce titre devenu synonyme de mafiosisme ecclésiastique maximal. Si bien que le Romain malin remarque que les S.p.A. se suivent, et qu’à chaque fois qu’une nouvelle s’installe, on fait grand bruit avec les frasques de celle qui l’a précédé!

Quant à notre héros, Angelo Sodano, devenu doyen du Sacré-Collège il décida qu’il aurait le privilège de s’installer au cœur des jardins du Vatican, au dernier étage du collège éthiopique, lequel n’était pas encore aménagé. Et, pendant 6 mois le cardinal Bertone rongea son frein au milieu de ses cartons dans la Tour Saint-Jean, au fond des jardins du Vatican...


On comprend mieux le paradoxe qui marqua les obsèques du pape Jean-Paul II : pendant que le cardinal-doyen, Joseph Ratzinger, faisait acclamer frénétiquement dans son homélie le pape défunt par la foule immense des fidèles, son ami de toujours, le cardinal proto-diacre Medina, piquait une colère rouge contre les porteurs des banderoles qui réclamaient : « Santo subito ! » Subito ? Sûrement pas ! Piano, piano ! Pour la canonisation, disaient les ratzinguériens, on verra plus tard, quand toutes les purifications et les « clarifications » (un terme bien à eux) auront évacué la part encombrante de l’héritage...

(fin)



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