Lundi 11 mai 2009 1 11 /05 /Mai /2009 17:02


Une rumeur persiste que ses supposés protagonistes n’ont ni infirmé ni confirmé. Un an avant la mort du pape Jean-Paul II, le cardinal Ratzinger aurait donné mission à un groupe de théologiens d’entamer des discussions théologiques discrètes avec la FSPX, fondée par Mgr Marcel Lefebvre.
Elles se seraient déroulées en France jusqu’en 2008, avec la participation d’évêques de ce pays et sous le double patronage du GREC (Groupe de Rencontre entre Catholiques, qu’anime le Père blanc français Michel Lelong) et de la revue Nova et vetera dont le rédacteur de l’édition française est le dominicain suisse et théologien thomiste Charles Morerod. Or, ce groupe de théologiens était en quelque sorte "présidé" par le RP Morerod lui-même, lequel vient, le 22 avril, d’être nommé par le pape secrétaire de la Commission théologique internationale (CTI)… De quoi donner de la consistance à cette rumeur, d’autant plus que le RPMorerod n’a pas craint de débattre publiquement à Paris en février 2008 lors d’une session du GREC avec l'abbé Grégoire Celier, prêtre de la FSSPX – que l’on dit être un des désignés par ses supérieurs pour les discussions avec Rome –, sur le thème central de l’autorité de Vatican II.

L'abbé Celier et le RP Morerod firent chacun un exposé pour répondre à la question de la session : « Vatican II et les autres conciles œcuméniques. Réviser et/ou interpréter certains passages de Vatican II ? ». Pour l'abbé Celier, Vatican II n’étant pas normatif pour la foi ouvrait donc droit à la discussion sur des points disputés depuis 40 ans (œcuménisme, liberté religieuse…). Pour le RP Morerod, la réception de Vatican II ne peut s’admettre sans une grande attention à la pérennité du Magistère antérieur. La session de ce soir-là ressemblait un peu à un "bilan d’étape" des discussions antérieures que j’ai évoquées. Mais il est bien dommage que l'abbé Claude Barthe, qui est comme on dit maintenant "incontournable" dans toutes ces affaires, et qui "modérait" la soirée, n’ait pas offert aux présents l’occasion de poser des questions… Enfin, c’est ce qu’on m’a rapporté parce que je n’étais pas à Paris ce soir-là.

Le plus étonnant, dans ce dossier des dites "discussions", c’est que le cardinal Ratzinger était bien plus convaincu que Mgr Bernard Fellay, le supérieur de la FSSPX, de la nécessité d’un dialogue théologique sur ces questions disputées, l’évêque ne s’en étant convaincu que tardivement, comme s’il le craignait… En 2006, pour la première fois, il aborde la question des "discussions" mais en plaçant deux obstacles sur ce chemin : libération de la messe de saint Pie V et levée des excommunications le frappant lui et ses trois confrères ordonnés par Mgr Lefebvre en 1988.
Ces obstacles n’existent plus, mais il se pourrait qu’il soit désormais trop tard pour que Mgr Fellay tire le bénéfice qu’il aurait pu de ces discussions.


L’explication de cette trop belle occasion (manquée ?) pour la FSSPX de miner, comme elle désire, le Vatican II, est qu’il se pourrait que :

1. Mgr Fellay ait fini par être convaincu de la nécessité d’un débat théologique par ses propres conseillers

2. lesquels auraient bien pu l’être antérieurement par le RP Morerod et les théologiens officiels missionnés par le cardinal Ratzinger

3. lequel, à son tour, souhaiterait une mise en discussion de Vatican II par les principaux adversaires de ce Concile mais en les obligeant, du même coup, à entrer dans le jeu d’une certaine "réception" de Vatican II.

Se non è vero…


Par Vini Ganimara - Publié dans : Relations avec la FSPX
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Mercredi 6 mai 2009 3 06 /05 /Mai /2009 10:43

Quand un plein panier de pommes contient des fruit pourris, que faites-vous ? Vous jetez les pommes gâtées pour ne garder que les fruits sains ou vous mettez tout aux ordures, les mauvais fruits comme les bons – et le panier par-dessus le marché ?
 


Avec la visite canonique des Légionnaires du Christ que le cardinal secrétaire d’État Bertone a annoncée en mars dernier, la question se pose. La révélation des turpitudes du fondateur, le P. Marcial Maciel Degollado, a jeté l’opprobre sur la congrégation qu’il a fondée au Mexique en 1941 mais qui n’a été reconnue de droit pontifical qu’en 1965.

Il y a ceux, au premier rang desquels Benoît XVI, qui voudraient qu’on sauve ce qui peut être éventuellement sauvé après un “audit” approfondi des affaires financières et morales peu ragoûtantes dans lesquelles ont trempé le RP Maciel, ses complices de l’intérieur de la Légion et ses “protecteurs” du dehors – et jusque dans la Curie. Et puis, il y a les autres qui, au motif de bien des canailleries réelles, voudraient à tout jamais voir disparaître – morta la bestia, morto il veneno – une congrégation “conservatrice” forte de plus de 800 prêtres, de trois fois plus de séminaristes, rassemblant près de 70 000 laïcs dans sa branche associée, Regnum Christi, et qui coordonne 340 000 volontaires engagés dans des programmes d’action sociale, familiale et d’évangélisation une trentaine de pays.


La liste des quatre commissaires constituant la visite canonique de la congrégation n’est pas encore connue. Leur rôle, si. Ils devront, en prenant tout le temps nécessaire tout examiner dans le détail, recueillir une foule de témoignages, scruter les archives, examiner les comptes, écrire la vie du P. Maciel, dresser la liste de ses relations, de ses donateurs, de ses protecteurs, de ses obligés aussi, s’efforcer d’évaluer la qualité du travail accompli par les Légionnaires, de leur état d’esprit, de saisir les particularités des statuts de la congrégation, l’esprit avec lequel ils ont été appliqués… Le temps nécessaire risque d’être un temps… long.

Si les noms de ces commissaires ne sont pas encore officiellement connus, une liste des quatre noms les plus probables circule. Il s’agirait de Mgr Charles J. Chaput archevêque de Denver (Colorado) aux États-Unis, de Mgr Giuseppe Versaldi d’Alessandria (della Paglia) en Italie, de Mgr Ricardo Watty Urquidi, M.Sp.S., de Tepic (Nayarit) au Mexique, et du RP Gianfranco Ghirlanda, sj, le Rettore Magnifico du plus illustres des Atenei Romani, c’est-à-dire de la Grégorienne, mais aussi, et surtout !, consultore dans de nombreux dicastères (doctrine de la foi, culte divin, évêques, clergé, vie consacrée, Signatura) ou conseils pontificaux (laïcs, textes législatifs).

Si cette liste se confirme, et à l’exception de Mgr Chaput qui n’a aucune appartenance organique à la Curie alors que c’est un prélat de tout premier plan aux États-Unis, on peut dire que les trois autres “sélectionnés” sont plutôt de la tendance qui voudrait voir disparaître à tout jamais les Légionnaires, cette force conservatrice considérable.


Le pape Benoît XVI lui est bien décidé – tout comme l’était déjà le cardinal Ratzinger – à aller jusqu’au bout de cette affaire qu’il connaît bien comme il connaît la plupart de ses protagonistes à la Curie, pour sauver ce qui peut l’être. La question est de savoir si c’est sa position qui prévaudra.

 

 

(À suivre)

 

 

 

 

Par Vini Ganimara - Publié dans : congrégations
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Jeudi 9 avril 2009 4 09 /04 /Avr /2009 16:28


Un détail du climat actuel au Saint Siège qui semble avoir échappé aux observateurs français. Je crois cela intéressant, aussi je vous le raconte.


Gian Maria Vian, le rédacteur en chef de L’Osservatore Romano a publié dans l’édition du 13 mars du quotidien, sous le titre « Como la lettera ai Galati », un éditorial assez singulier. Revenant sur la lettre de Benoît XVI aux évêques du monde, relativement à la levée des excommunications de 1988 des évêques de Lefebvre, il écrit au § 4 (je donne d’abord le texte italien, puis ma traduction en français) :

« La lucidità dell’analisi papale non evita questioni aperte e difficili, come la necessità di una attenzione et di una comunicazione più preparate et tempestive in un contesto globale dove l’informazione, omnipresente et sovrabbondante, è di continuo esposta a manipolazioni et a strumentalizzazioni, tra cui le cosiddette fughe di notizie, che si fatica a non definire miserande. Anche all’interno della Curia romana, organismo storicamente collegiale et che nella Chiesa ha un dovere di esemplarità ».

 

Voici en français : « La clarté de l’analyse du pape n’élude pas les questions ouvertes ou difficiles, comme la nécessité d’une attention et d’une communication mieux préparée et au bon moment dans un contexte global où l’information omniprésente et surabondante est continuellement à la merci des manipulations et des instrumentalisations, au nombre desquelles lesdites fuites d’information qu’il faut se forcer à ne pas qualifier de misérables. Y compris de l’intérieur de la Curie romaine, un organisme historiquement collégial et qui, dans l’Église, a le devoir d’être exemplaire ».

 

J’ai mis en italiques le passage qui me semble crucial. Dans le journal officiel du Saint Siège, on peut donc lire une critique acerbe de certaines « manipulations » et « instrumentalisations » de « fuites d’information » organisées « de l’intérieur de la Curie », que Vian qualifie de « misérables » car elles attentent à la collégialité d’une institution qui devrait aussi être « exemplaire ». C’est dire, avec d’autres mots que ceux de la presse « ordinaire », que la Curie n’est ni collégiale ni exemplaire, que certains de ses membres se livrent à des procédés « misérables », et que le mauvais fonctionnement de la communication n’est pas le fait du hasard mais l’œuvre de membres de l’institution…

Gian Maria sait mieux que personne qu’après la tempête de février, on parle de far pulizzia, faire du ménage, à la Curie. On verra bien. Il ne va pas jusqu’à citer des noms, mais moi qui ne travaille pas pour le « journal du pape », rien ne m’empêchera de les donner au fur et à mesure des articles de ce « bloc-notes ».

Encore un mot pour ceux qui ne croiraient pas que Gian Maria a voulu dire ce qu’il a dit en écrivant ce qu’il a écrit. Marco Politi de La Repubblica – le journaliste comme le journal très hostile au Saint Siège – a tout de suite compris ce que voulait dire Gian Maria, quand il écrit dans son article « Il Papa e la guerra del Vaticano » (13 mars 2009), que Gian Maria « fustiga » (fustige) les « manipulations et les instrumentalisations » issues de la Curie. L’adversaire ne se trompe pas…


Par Vini Ganimara - Publié dans : Communication
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